vendredi 20 novembre 2009

un peu quand-même

J'ai dit que Auster n'écrivait pas de thriller... mais quand-même, il y a une situation qui fait presque peur. En fait, elle ferait franchement peur si un des personnages était un vrai méchant. Je ne vais pas raconter l'histoire, mais il y a un moment où un personnage qui est plus ou moins impliqué dans la mort d'une femme (disons qu'il serait le suspect n°1 évident) se retrouve employé par la famille de cette dernière et est en danger permanent de se faire découvrir.
Ca fait un peu frissonner, non ?
Disons que si Paul avait un peu le sens de la méchanceté, il pourrait écrire d'excellents thrillers. Je n'irai pas jusqu'à dire que sa bonté le perdra.

mercredi 18 novembre 2009

je vais rarement au cinéma

C'est une lecture bien agréable.
Auster n'écrit pas de thrillers, mais il sait gérer le suspens, faire monter la tension, on a envie de savoir la suite.
On sait que ce cinéaste que le narrateur croyait mort ne l'était pas réellement. On se doute qu'il va fatalement y avoir une rencontre. Mais Auster nous fait attendre juste ce qu'il faut, nous livre juste les éléments nécessaires pour nous faire envie, sans pour autant nous impatienter. C'est très fort.

Il me semble que ce livre nous parle de la "résurrection" d'un personnage détruit, qui avait perdu toute envie de vivre. Un type de personnage pour lequel on ne peut qu'éprouver de la sympathie, ou au moins de l'empathie. Ce n'est pas sans me rappeler un autre grand roman de l'auteur : "Brooklyn follies".

dimanche 15 novembre 2009

a book without music

Je ne suis pas mécontent de retrouver Paul Auster. Je dois avouer que plus je fréquente cet écrivain, plus j'y éprouve du plaisir.
C'est pas qu'il ait un style époustouflant. Il serait plutôt précis, clair, direct (c'est déjà pas mal). Mais la grande force de ce type, c'est qu'il sait trouver une bonne histoire, et surtout, c'est un conteur hors pairs.
En plus, c'est un "architecte" génial. Il y a toujours plusieurs plans dans ses récits, et ils s'imbriquent à la perfection.
Dans "The book of illusions", Auster nous raconte l'histoire de David Zimmer. Mais Zimmer est lui-même à la poursuite de Hector Mann. Au fur et à mesure que ce dernier prend corps, il y a une sorte de glissement du plan du récit qui s'opère, et Auster s'efface peu à peu pour laisser la place à Zimmer, le vrai narrateur, ce qui produit un effet de réalisme captivant.

vendredi 13 novembre 2009

so far so close

Drôle d'impression en terminant ce livre.
Il n'a pas vraiment de début ni de fin, et pour le milieu, je ne sais pas vraiment ce que l'auteur a voulu raconter. Des tranches de vie, probablement. Et une tranche de vie en soi n'a pas nécessairement de sens.
Les personnages sont typiques de Kawabata, je m'en sens à la fois proche et éloigné. Il y a une certaine distance volontaire, mais aussi on entrevoit une profondeur insoupçonnée.
Je quitte le livre comme à regret, comme si j'avais manqué quelque chose, mais en même temps, ce n'est pas grave.

lundi 9 novembre 2009

tout dans le regard

Avec ce livre, nous entrons dans le quotidien d'une famille japonaise, et surtout dans celui de Shingo, père de deux enfants dont les mariages respectifs sont en plein naufrage.
Il vient d'atteindre la soixantaine, et sent son esprit et sa mémoire faiblir, il se laisse accaparer par de petites choses, et se sent de plus en plus incapable de faire face aux problèmes réels.
Il se plonge volontiers dans des rêveries douces-amères, dont certaines sont empreintes de sensualité.

Nous retrouvons avec ce roman un des thèmes favoris de Kawabata : celui de l'homme vieillissant.
L'amour et la mort sont comme les deux pôles de la vie, mais deux pôles qui s'inversent petit à petit : plus on se rapproche de l'un, plus on s'éloigne de l'autre. Erotisme et sensualité semblent perdre leur consistance avec l'âge, pour se réfugier dans le domaine de la rêverie, et s'incarner parfois dans un simple regard.
Pourtant, le désir, lui, est toujours présent. C'est ce qui donne à ce texte cette tonalité si nostalgique et désabusée.

jeudi 5 novembre 2009

quand montagne pas contente...

Heureusement, il n'y a pas que de mauvais écrivains qui se suicident.
Cette plaisante circonstance va me permettre de découvrir un autre livre de Yasunari Kawabata : "Le grondement de la montagne".

Je peux déjà dire que ça me change du manuel de management que je viens de lire ! Kawabata est la subtilité en personne. On dirait que la vérité se trouve (et se cherche) dans les détails. Les personnages y sont très attentifs, comme si notre perception était incapable d'embrasser une échelle plus vaste. Pas de grand plan, de lois fondamentales, ni d'ordre supérieur, mais une suite de perceptions infimes qui dessinent petit à petit un univers. Cela contribue à créer un étrange sentiment poétique.

mercredi 4 novembre 2009

the one minute conclusion

Alors bon, est-ce que ce bouquin m'a réellement appris quelque-chose ?

Sur le marketing oui, parce que réussir à vendre un million d'exemplaires de ce truc, non mais, faut être vachement fortiche en marketing !

Sur le management, euh, pas vraiment. Il n'y a rien de nouveau dans ce livre. Il faut donner des objectifs clairs, et puis du feedback sur leur réalisation. Si ça se sont les secrets du management, autant dire que le secret de la vie éternelle est de ne pas mourir.

Ce livre pourrait même être néfaste si on le prend à la lettre, et si on croit qu'appliquer trois techniques basiques suffit à faire un bon manager. Mais je ne dirais pas non plus qu'il est complètement nul. D'abord, il est vite lu, et assez plaisant à lire ; ensuite, il n'est jamais mauvais de rappeler quelques principes de base. On croit toujours les maîtriser, les principes de base ; pourtant, on serait étonné du nombre de fois où on oublie de les appliquer.

mardi 3 novembre 2009

bouffer ou se faire bouffer

Moi aussi, il y a longtemps, j'ai été un informaticien compétent.
Aussi, on a pensé assez rapidement à moi pour une fonction de manager.
Mon chef de l'époque, cependant, ne pensait pas (et en cela, il était bien plus clairvoyant que la plupart de ses pairs) qu'un excellent technicien fait automatiquement un bon manager.

Il décida donc de me mettre à l'épreuve. Il ma convoqua dans son bureau et me tint à peu près ce langage :
"J'ai décidé de te confier la responsabilité d'un projet. En fait, Il y a déjà deux ingénieurs qui travaillent depuis plusieurs mois sur ce projet. Je ne suis pas du tout content d'eux. Je ne vois aucun progrès. Je les ai déjà avertis. Fais un audit de leur travail, et s'il n'est pas satisfaisant, tu les licencies."

Effectivement, je me suis vite rendu compte que les deux ingénieurs étaient complètement démotivés, et qu'ils ne faisaient rien de bon.
Le problème, c'est que c'étaient deux bons copains à moi. Je les connaissais depuis des années et on se voyait même en dehors du boulot.
Voilà donc comment mon boss voulait mettre à l'épreuve mes capacités de manager. Est-ce que j'étais capable de prendre une décision difficile, de faire passer les intérêts de l'entreprise avant mes affinités personnelles ?

Ma décision a été vite prise. Je ne voulais pas être un salaud avec me copains. S'ils devaient se faire virer, ce ne serait pas à cause de moi. J'ai refait tout seul l'architecture du projet, et j'ai implémenté presque tout tout seul. J'ai bouloté comme un fou et j'ai réussi à terminer le projet dans les temps. Je n'ai jamais révélé à mes copains que j'avais sauvé leur tête. Je voulais qu'on reste amis et pas qu'ils se sentent redevables.
J'étais plutôt fier de moi. J'avais réussi un véritable tour de force.
Je n'ai pas eu la promotion.
J'ai bien eu quelques instants d'amertume, mais au moins, j'étais en paix avec ma conscience. Si ma promotion était au prix de la trahison de mes amis, je préférais rester un simple technicien.

C'est bien plus tard que je me suis rendu compte que mon patron avait eu raison de me mettre à l'épreuve, et qu'il avait eu raison de ne pas m'accorder cette promotion.
Forcément, j'avais échoué à mon test. Un bon manager ne résout pas ce genre de problème en prenant sur lui tout le travail. Un bon manager ne résout pas non plus un problème de motivation en virant les gens démotivés. Ce que j'avais jugé comme une situation avec une unique alternative (virer les gens ou me taper moi-même le boulot), était bien entendu beaucoup plus complexe. Elle nécessitait une approche plus globale et plus subtile.

Il m'a fallu longtemps pour comprendre la leçon. Aujourd'hui que j'ai à diriger une équipe, j'espère que je ne tomberais plus dans de tels schémas caricaturaux. Mais je sais que pour le management comme pour le reste, il n'y a pas de science innée; ça s'apprend. Voilà pourquoi il m'arrive de me plonger dans un bouquin comme celui-ci.

lundi 2 novembre 2009

the one minute book

Autre paradoxe à mon avis typiquement américain (mais que nous nous empressons d'importer en Europe) : la simplification à outrance.
La psychologie humaine est certainement un des domaines les plus complexes et les plus subtils qui soient (et on peut considérer le management comme une sous-branche de la psychologie). Pourtant, nulle part ailleurs on ne trouve telle quantité de bouquins qui vous promettent le succès à condition d'appliquer une poignée de recettes toutes simples et préformatées.
Il semble que pour qu'un livre de psychologie appliquée ou de management puisse remporter un certain succès, il doive impérativement se limiter à un nombre maximum de sept règles de base à appliquer au quotidien.

Le "one minute manager", lui, est champion de sa catégorie, puisqu'il réussit à condenser toute une théorie du management en trois pratiques très simples (présentées évidemment comme des "secrets", c'est plus vendeur). Comme il se doit, il faut moins d'une minute pour expliquer les bases de chacun de ces secrets.
En trois minutes, vous voici donc devenu un manager expert et chevronné.

On peut se demander pourquoi la même formule n'a jamais été appliquée à d'autres domaines tout aussi complexes.
J'imagine déjà le succès de titres comme "Devenez médecin en étudiant une minute par jour", ou encore "Trois idées simples pour éliminer la guerre dans le monde".
Mais non, curieusement, le management semble être le seul domaine où les gens sont disposés à accueillir favorablement ce genre d'affirmation. Mon exemplaire du "One minute manager" arbore d'ailleurs fièrement sur sa couverture la mention "The million copy bestseller". Au total, ça fait beaucoup de minutes de lecture... et je suppose, beaucoup d'excellents managers.

dimanche 1 novembre 2009

Ils sont fous, ces Américains

C'est tout de même bizarre : l'économie américaine est réputée sans pitié, tu marches ou tu crèves, tu bouffes ou tu te fais bouffer. Les travailleurs et employés ne sont qu'une autre ressource, à côté du capital et des machines. Quand ils ont assez servi, qu'ils deviennent moins performants ou trop coûteux, on s'en sépare sans autre forme de sentimentalisme.

On imagine que le management américain est fait du même moule : dur, inhumain, préoccupé uniquement de compétitivité et de rentabilité. C'est d'ailleurs quelque chose qui fait peur, par exemple, lors d'une fusion ou d'un rachat d'entreprises : que le management à la française soit remplacé par un management à l'américaine.

Et pourtant, c'est également des USA que nous vient toute une littérature sur le management qui replace l'humain en position centrale. On se souvient finalement que les fameuses "ressources humaines" sont composées d'êtres humains avec des désirs, de l'amour propre, des problèmes, et des motivations intrinsèques qui en fin de compte n'ont rien à voir avec les mécanismes économiques qui président au fonctionnement de l'entreprise.

Une personne motivée, qui aime son travail et qui s'y sent reconnue et valorisée sera forcément bien plus productive qu'une personne traitée comme un simple outil.
Ah, la productivité ! Nous y revoilà, fallait pas rêver, quand même ! Les entreprises ne travaillent pas au bonheur des gens.
Mais alors, faut-il s'en féliciter, ou résister, ne pas se laisser abuser par ces manipulations, ces belles paroles ?